LA POINTE DU COMPAS

Création — En création

La pointe du compas est un monologue pour une circassienne et sa roue Cyr, à destination d’un public à partir du lycée (14 ans).
C'est une forme légère pour les plateaux, les lycées, les lieux non équipés.

La pointe du compas est édité chez Actes Sud Junior, dans la collection D’une seule voix.

Le rejet du féminin
Tessa, lycéenne, prend la parole et nous interpelle. Elle sature de ce féminin, et de tout ce qu’il traine derrière lui. Le gnangnan, la faiblesse et la dépendance. D’un regard acéré, elle scrute le monde autour d’elle et l’écrasant bagage que propose le fait de naître fille. Celui des hommes lui parait, à tort ou à raison, plus libre et enviable. Elle commence par nous parler de cette tenue vestimentaire dans laquelle elle décide de se cacher, un survêt XXL, qui va enfin lui permettre de sortir « de la zone du sexe, de la drague et de tout le bordel qui va avec. » Elle veut envoyer valser tout cela et elle le fait avec humour et franchise. Derrière son discours provocateur, on découvre le portait d’une jeune fille mise sous cloche par une mère terrifiée.

Un personnage en quête d’elle-même
Tessa dévoile le récit quotidien d’une adolescente, son environnement et les figures qui l’entourent. Elle emmène son audience vers les racines de son rejet du féminin, cachées dans les tréfonds de son histoire familiale, où l’on sent poindre un drame. On découvre, en même temps qu’elle, un secret. Sa mère a vécu un inceste dans son enfance. C’est ce trauma qui agit dans leur relation complexe. De quoi Tessa est-elle l’héritière ? Au-delà d’elle, de quoi la jeunesse est-elle dépositaire en ce qui concerne le désir, la sexualité, les rapports amoureux ? Quel chemin pour s’en émanciper ?

Le corps de la jeune fille dans la société
La jeune fille intègre très tôt que son corps pose problème. Il est le plus souvent « trop ». Trop montré, trop caché, trop gros, trop masculin, trop provocateur... Dès son éclosion en tant qu’être sexué, la jeune fille comprend qu’il y a potentiellement chez l’homme quelque chose d’incontrôlable qu’elle pourrait déclencher et dont elle pourrait se retrouver responsable voir coupable. Son corps est un danger pour l’autre, il peut le déconcentrer, le troubler, le rendre fou. Il est un danger pour elle en la rendant possiblement victime. Comment se fait-il que nous en soyons encore là ? Dans une société que l’on pourrait croire affranchie d’un
certain puritanisme et d’un sexisme aussi basique ? Dans Le berceau des dominations, Dorothé Dussy montre comment la banalité de l’inceste dans notre société installe dès le plus jeune âge une silenciation et une "admission culturelle" en ce qui concerne les rapports de domination. Nous baignons dans un climat où inconsciemment nous intégrons que cette violence extrême est admise, puisque peu ou pas empêchée. Le tabou de l’inceste n’est pas celui de le commettre mais bien celui de le nommer et de le dénoncer. A partir de ce terreau, les rapports de domination sociaux ou de genre ont la vie belle. 

Mise en scène
Pour porter ce récit de vie intense et brûlant, nous décidons de faire appel à une circassienne, Mélodie Morin. Le tracé aérien de la roue est un moyen de rendre visible au plateau le cheminement du personnage. Avec cet acharnement circulaire, elle creuse un sillon. En allant au cœur de son histoire familiale dont elle déterre les
cadavres, elle se découvre. Elle touche à sa vulnérabilité qui n’appartient à aucun genre, qui est un moyen sensible d’adopter son humanité et ses frontières poreuses. Devenir soi-même, partir en quête de son histoire singulière, s’avère plus ambitieux que d’être femme ou homme. L'interprète forme un duo avec sa roue. Tour à tour un support, un accessoire, un compagnon, elle lui permet de faire exister les autres personnages du récit. La roue porte et virevolte. Elle est un appui autant qu’une prison, un poids autant qu’un support. Enfin, la circassienne, performative dans la force physique et la précision, en miroir de la sensibilité de ce qu’elle traverse réunit les polarités yin et yang de sorte qu’elle nous propose immédiatement du multiple, à l’inverse du cloisonnement genré dont Tessa souffre. Le travail de la roue permet de traverser une large palette de la fragilité à la surpuissance. On peut voir la jolie petite poupée qui tourne dans sa boîte à musique comme l’athlète qui se dépasse avec force.

 

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Théâtre et cirque

Écriture Anne Rehbinder

Mise en scène Antoine Colnot

Interprète Mélodie Morin

Regard chorégraphique Francesca Ziviani

Administration et collaboration artistique Anne Jeanvoine

Diffusion et développement La Magnanerie 

Production Compagnie HKC

Coproduction et partenaires Théâtre de Chelles, KLAP Maison pour la danse – Marseille, La Ferme du Buisson – scène nationale de Marne-la-Vallée, Archaos –
Biennale des arts du cirque en collaboration avec Théâtre Durance, scène conventionnée de Château-Arnoux-Saint-Auban
Avec le soutien de la Direction régionale des Affaires culturelles d’Île-de-France – Ministère de la Culture